A la demande générale et par nostalgie des grands moments littéraires, j’écris LE dernier message du blog.
Revenue depuis vendredi dernier, décalage horaire dans la tête et replongée un peu brutalement dans la jungle parisienne, je suis les pieds en France mais la tête dans les nuages. J’ai du mal à atterrir, malgré les électrochocs provoqués par un entretien d’embauche et un entraînement intensif au jogging (il parait que je vise le semi marathon dans un mois).
Je prends le temps de me réhabituer aux pièces chauffées, à la lumière blanche voire trop blanche, au café léger, à marcher sur les trottoirs et aux voitures futuristes (dans mon nouveau référentiel). Je fais mon album photo du séjour, je piste les autocollants hwy, arménien, sur les pare-brises, j’écoute les CD de rabbiz.
Je médite, que m’a apporté cette expérience ? Au moins une chose : maintenant je comprends toutes les blagues de la BD Les Arméniens.
- En France, deux arméniens discutent :
Le premier : plus arménien que moi, tu n’en trouveras pas beaucoup ! Ma femme est arménienne, mon docteur est arménien, mon dentiste, mon garagiste, mon avocat, mon banquier, tous arméniens !
Le second : c’est vrai, mais ta maîtresse est française Arshag.
- Dans la rue :
Le fils : avant l’indépendance, c’était quoi la monnaie courante en Arménie Hayrig ?
Le père : le rouble mon petit Sarkis
Le fils : et maintenant ?
Le père : c’est le dollars !
- Chez eux :
Le mari : Vartoui, le magasine « Nouvelles d’Arménie » est arrivé ?
La femme : non Haïgaz
Le mari : pas de « Nouvelles », bonne nouvelle
- A l’hôpital, en France :
Le docteur : on va vous faire une transfusion de sang monsieur Parazian
Le malade : sang arménien j’espère ?
Et c’est pas fini d’entendre parler du pays. Cette année, c’est l’année culturelle de l’Arménie en France, tout le monde le sait lol. Hier, j’étais à l’expo à la Villette et vous pouvez télécharger le programme en cliquant sur le lien numéro 3 de ça. Après, vous pouvez faire des recherches d’évènement par ville sur le pdf.
Dernière chose : je recommence un blog, mais français cette fois. 
Le but : garder le contact avec Vanadzor et donner de l’info ; parce que la France ne se limite pas au port de Marseille et aux chansons de Charles Aznavour. Je vous tiens au courant pour la nouvelle adresse.
Et aussi si je trouve un nouveau boulot : vu la photo ? ça change hein ? j'aimais bien les jeans-chaussures de rando mais bon, c'est fini !
a+
Ultime message avant LE retour : vendredi 7h35, je serai à Paris.
Comme Sandrine, Yves et Benjamin sont partis, j’ai dit aux acteurs de rentrer chez eux. Fini les heures de gloire où je croisais des amis à tous les coins de rue. Il y en a un qui s’est perdu : mardi soir, on tape à la porte.
LUI : T’es Julie ?
MOI : Oui
LUI : Anahit est là ?
MOI : Non
LUI : Je suis Andranik. Je peux rentrer pour téléphoner ?
MOI : Oui
… Il téléphone …
LUI : Merci. La prochaine fois, quand t’es toute seule, si on tape à ta porte n’ouvre pas. Et ne laisse pas les gens rentrer pour téléphoner
MOI : Allez, sors, tu m’énerves !!!??!!!!
Ils vont vraiment me manquer ces arméniens, même si ils sont trop chiants avec les filles.
Oui, la France aussi m’a manqué. Je suis aussi pressée de rentrer en France que de retourner en Arménie.
Pour ceux qui ne lisent vraiment pas les news :
Jeudi dernier, l’Assemblee Nationale francaise a vote un projet de loi condamnant toute personne niant le genocide armenien a un an de prison et une amende. Le texte n’est pas encore adopte mais fait deja beaucoup de bruit :
- cote Erevan : manifestations devant l'Ambassade de France en remerciement. Deja qu'on avait la cote depuis la visite de Chirac, 1r president occidental a faire une visite officielle en Armenie, mais la c'est la consecration.
- cote
Rappel: Les massacres et déportations d'Arméniens entre 1915 et 1917 dans l'Empire ottoman ont fait plus de 1,5 million de morts selon les Arméniens, 250.000 à 500.000 selon la Turquie, qui récuse la notion de génocide.
Plus d'info: ouvrez les journaux, il parait que ca fait la 1 partout.
Fin :
Echange de cadeaux, achats de souvenirs, coupe de cheveux (dur de laisser mes cheveux de 8 mois, j’ai pleuré), développement des photos (il y a un album photo Best Of, en haut a droite, mais il restera 400 photos a regarder!), tri des vêtements que je laisse, conscience que j’ai perdu / cassé pas mal de choses depuis le début. Ma valise sera légère.
A vendredi pour dire aux hayastansi que je suis bien arrivée, même par Armavia.
Ca y est ! Sandrine, Benjamin et moi on est rentrés de nos vacances de 2 semaines en Arménie. C’était génial ! Et si j’écris le blog de Julie cette semaine, c’est non seulement parce que je suis malade (je lutte contre le fantôme du khash, un plat à base de pied de vache typiquement local et absolument indigeste en ce qui me concerne), mais surtout parce que c’est moi qui ai gagné le tapis ! (Précision importante : je joue au volley !) Et comme on était sur place, j’ai pu le choisir avec Julie à Erevan. Merci Julie-Djan, il va trop bien dans la chambre.
Alors quels sont les faits marquants de ces deux semaines en Arménie ? Et bien ils sont très nombreux ! Entre la jungle urbaine de Erevan et le village de Tatev qui semble perdu au bout du monde, on ne s’est pas ennuyés une seconde ! Encore merci à Julie qui nous a servis de guide de tous les instants ou presque… Les premiers jours, on est restés à Vanadzor, ce qui nous a permis de comprendre enfin ce que Julie a fait en Arménie pendant huit mois… Je lui laisse le soin de tout vous expliquer en rentrant. En tout cas elle a l’air épanouie et c’est avec tristesse qu’elle partira, c’est sûr ! C’est impressionnant le nombre de gens qu’elle a rencontré, on en croisait à tous les coins de rue. Avant d’arrêter les compliments (qui n’ont rien à voir avec le fait que j’ai gagné le tapis, bande de jaloux !), je dois dire qu’elle se débrouille vraiment bien en arménien, et qu’elle s’est très bien ouverte aux gens et à la culture…
L’Arménie est un très beau pays ! Les paysages sont souvent époustouflants. Les montagnes sont magnifiques, et on a eu la chance de pouvoir en profiter au maximum en faisant du camping sauvage et des randonnés dans des endroits reculés. Evidemment, pour moi qui ne suis pas habitué, ça ressemblait souvent à de la survie en milieu extrême ! J’espère que nous allons réussir à mettre des photos en ligne pour que vous puissiez voir :
- Les monastères de Sanahin et Arpat, que nous avons visités le premier jour.
- La ville de Dsegh, perchée en haut d’une montagne, où se trouve le musée de Toumanian, le célèbre écrivain. On a campé dans la montagne juste en dessous de Dsegh.
- Le lac Sevan, au bord duquel nous avons campé. Au petit matin, comme c’était l’anniversaire de Sandrine un pêcheur lui a offert des poissons tous justes sortis de l’eau. Nous les avons préparés et mangés le soir même à Vanadzor. Délicieux !
- Le monastère de Tatev, à côté duquel nous avons campé deux nuits avant d’être chassés à l’aube par un brouillard persistant. Enfin, pour être plus exact, nous avons passé la nuit dans le nuage !
- Le mont Aragadz qui culmine à plus de 4000m et que nous avons gravi dans la neige.
- Le mont Ararat qui fait comme une présence au dessus de Erevan. Il faut le voir pour comprendre que les Arméniens y tiennent.
Si vous vous posiez la question, la réponse est oui : nous avons assisté au grand concert de Charles Aznavour à Erevan en présence de Jacques Chirac ! Première partie avec Dany Brillant (ce serait pas un Arménien, ce Danibrian ?), Hélène Ségara (qui a des origines arméniennes), et Isabelle Boulay. Beau feu d’artifice à la fin du spectacle, en complet décalage avec le niveau de vie en Arménie. En tout cas, la visite de Aznavour et Chirac n’est pas du tout passée inaperçue, presque tout le monde nous en a parlé en apprenant que nous étions français.
Pour finir, nous avons été surpris par l’hospitalité des Arméniens à la campagne ! Même s’ils sont relativement pauvres selon les critères occidentaux, ils n’hésitent pas à partager avec les étrangers. Nous avons reçu une grande leçon d’humanité quand une famille nous a offert le café, puis des biscuits, du yaourt maison, du fromage, et que nous sommes finalement partis avec un grand sac de nourriture alors que nous n’avions rien à leur offrir. Au Lac Sevan, un pêcheur retraité, isolé dans un endroit désert au bord du lac, nous a également fait partager avec lui une grande marmite d’écrevisses qu’il venait de faire cuire. Le spectacle devait valoir le coup : nous quatre, debout et sacs sur le dos, tentant de dépiauter avec les dents les écrevisses, qui étaient excellentes.
Encore merci Julie pour ce merveilleux voyage. Je regrette juste de ne pas pouvoir raconter ici tout ce que nous avons vécu en Arménie !
Yves

